La mort de Pablo Escobar vue par Fernando Botero

23 novembre 2016Époques contemporaines4 commentaires

La mort de Pablo Escobar - 1999

Titre : La mort de Pablo Escobar
Auteur : Fernando Botero
Technique : Huile sur toile
Dimensions : 58 cm x 38 cm
Année :
1999
Conservation :
Musée d’Antioquia de Medellín

Pablo Escobar en chiffres

policiers assassinés

$ de récompense

ans de banditisme

mandat de député

balles

La mort de Pablo Escobar est un événement de l’histoire colombienne compilant toute la dramaturgie et la démesure du personnage. Il est compréhensible qu’elle ait inspiré un artiste comme Fernando Botero, si engagé dans l’observation de son pays.

Fernando Botero et Pablo Escobar sont sans doute deux des personnalités colombiennes les plus connues au monde. Tous les deux sont originaires de la ville de Medellín. L’un représente la culture tandis que l’autre évoque la violence. Bien qu’opposés en tous points, leurs parcours se sont pourtant rejoints au cœur de l’histoire de la Colombie.

Les début d’Escobar : créativité et violence

Pablo Emilio Escobar Gaviria est issu d’une famille pauvre de la banlieue de Medellín. Il fit ses premières armes dans l’illégalité assez tôt, mais avec créativité : recyclage de pierres tombales (volées, effacées puis revendues comme neuves), falsification de diplômes universitaires, vente de faux tickets de loterie, vol de voitures, etc.

 

C’est au début des années 70 qu’il se lança dans le trafic de cocaïne. La demande venant des États-Unis était grandissante et Escobar sut trouver une méthode efficace pour que sa petite entreprise connaisse une croissance exponentielle : « L’argent ou le plomb ». L’astuce simplissime consistait à corrompre ceux qui se mettaient en travers de son chemin. S’ils refusaient, ils prenaient une balle.

 

Ce système implacable terrorisa le pays et entraîna la morts de milliers de gens, qu’ils fussent hommes politiques, journalistes,  juges ou appartenant aux forces de l’ordre.

Pablo Escobar en 1977

Pablo Escobar – 1977

Célébrissime portrait d’identité judiciaire d’un Pablo Escobar hilare, photographié par la police de Medellín en 1977

La soif de pouvoir

Mais être richissime ne lui suffit plus. Recherchant à tout prix davantage de pouvoir, il usa encore de sa persuasion pour se faire élire député suppléant au congrès. Pour cela, il redora son image en blanchissant sa fortune gagnée dans le narcotrafic en construisant des logements, des hôpitaux ou des églises dans les quartiers défavorisés.

Le ministre de la justice, Rodrigo Lara dénonça les connexions d’Escobar avec les Cartels de drogue et amorça ainsi son bannissement de la vie politique. En représailles sa voiture fut mitraillée. Ce fut le premier assassinat politique commandité par Pablo Escobar.

A la tête du Cartel de Medellín, le narcotrafiquant contrôlait désormais 90% du marché de la cocaïne aux États-Unis, et cela faisait des envieux. Le cartel concurrent de Cali entama une guerre de pouvoir sans merci et les affrontements des deux clans rivaux mirent la Colombie à feu et à sang.

Pablo Escobar au congrès en 1982

 

Pablo Escobar au congrès – 1982

Officiellement il se présente comme un homme d’affaire ayant fait fortune grâce à une compagnie de taxis, il devra démissionner l’année suivante en raison notamment de comptes de campagne suspicieux et des accusations persistantes du ministre de la Justice Rodrigo Lara Bonilla.

Pablo Escobar amateur de Botero

En 1988, en pleine guerre des gangs, une voiture piégée explosa devant une propriété appartenant au truand.

Dans les décombres de la maison, on trouva une importante collection d’art, et notamment, une œuvre de Botero.

L’anecdote  relayée massivement par la presse colombienne poussa le peintre à réagir :

« J’ai  demandé au directeur du journal « El Tiempo » qu’il écrive un édito informant que je me sentais dégoûté par le fait qu’Escobar possède l’une de mes œuvres. Alors, mon ami journaliste me demanda, qu’après avoir publié ceci, je m’enfuie du pays par sécurité. Et c’est ce que j’ai fait : j’ai préparé mes bagages et je suis parti pour l’Europe. »

Carrobomba - 1999

Carrobomba – 1999

Peinture réalisée par Botero, sans doute en lien avec l’attentat à la voiture piégée de 1988, où l’on retrouva une toile de Botero dans les décombres.

Welcome to the Hotel Escobar

A la fin des années 80 l’influence de Pablo Escobar était à son apogée et la Colombie restait prisonnière d’un cycle de violence infernal.

Le président colombien, impuissant, décida de négocier. En échange de sa reddition il promit au bandit une peine de prison réduite, et un traitement privilégié pendant sa captivité. Le 19 juin 1991, Escobar se remit aux mains de la justice et fut incarcéré dans la prison « La Catedral » à Medellín. Construite sous sa supervisation, on finit par la surnommée « Hôtel Escobar » : elle comprenait un terrain de football, un bar, un jacuzzi, et était gardée par des geôliers choisis par Escobar lui-même.

Pendant un moment, le gouvernement feignit d’ignorer que cette prison était en fait le nouveau QG Du bandit. Mais l’accord fut rompu lorsqu’on découvrit que 4 lieutenants du Cartel furent torturés puis tués dans la Catedral. Les pouvoirs publics décidèrent de transférer Escobar dans une maison d’arrêt plus conventionnelle. Mais ce dernier eu vent du projet et s’échappa.

Avis de recherche de Pablo Escobar

Avis de recherche de Pablo Escobar

De la cavale au trépas

La Colombie reprit la traque et sa tête fut mise à prix pour 6 millions de dollars. Épaulées par les États-Unis, les forces de l’ordre constituèrent un bloc de recherche, en cheville avec le Cartel de Calí et des groupes paramilitaires.

Après des mois d’investigations et près de 20 000 perquisitions, Pablo Escobar fut finalement repéré dans un quartier populaire de Medellín « Los Olivos ». La localisation précise (grâce à un échange téléphonique avec sa famille) de l’appartement dans lequel il se cachait, permit de donner l’assaut. Accompagné de son garde du corps, Pablo Escobar s’enfuit par les toits, mais poursuivit, il fut finalement abattu par les tirs du commando.

12 balles lui transpercèrent le corps, dont une fatale qui lui traversa le crâne en passant par l’oreille.

Le bloc de recherche posant avec le cadavre de Pablo Escobar en 1993

Pablo Escobar mort – 1993

Le bloc de recherche posant avec le cadavre de Pablo Escobar le 2 décembre 1993

La mort d’escobar version Botero

Le tableau « La mort de Pablo Escobar » achevé en 1999 nous raconte justement la poursuite du fugitif sur les toits de Medellín. L’artiste semble nous montrer la colossale influence d’Escobar par le gigantisme de sa taille comparé aux maisons de la ville.  Medellín elle-même ressemble à un village.

Représenté pieds nus et débraillé, on comprend qu’il a été pris de court et qu’il a dû fuir en toute hâte. Esquissant un geste dérisoire de protection de la main gauche, il n’est même plus menaçant et son arme pointe désormais le ciel.

Le temps est suspendu : Botero choisi de raconter le moment précis de la chute du caïd, succombant sous la mitraille. Une balle lui a traversé la tête, il est clairement en train de trépasser mais parait s’endormir.

La similitude troublante de certains détails est vérifiable sur les photographies de l’époque représentant l’escadron posant avec le cadavre d’Escobar.

La mort de Pablo Escobar - 1999

La mort de Pablo Escobar

Toile réalisée en 1999 par Fernando Botero

En 2006, le peintre réalisa une seconde toile sur le sujet, sobrement intitulée « Pablo Escobar mort ». Ici, la disproportion du corps criblé de balles devient éloquente avec l’apparition de deux nouveaux personnages.
Le jeu de volumes entre les trois sujets paraît nous indiquer leur place réelle dans la société colombienne de l’époque.
Le policier de taille moyenne signale la chute du bandit immense  à une femme du peuple toute petite qui se lamente de la perte de son héros.
Rappelons-le, Pablo Escobar a suscité à l’époque une sorte d’adoration auprès des classes défavorisées colombiennes. En effet, le financement de structures sociales telles que des hôpitaux et des écoles lui conféra une image de sauveur auprès des populations les plus démunies.

Pablo Escobar mort - 2006

Pablo Escobar mort

Toile réalisée en 2006 par Fernando Botero

Aujourd’hui encore, la Colombie entretient  une relation bipolaire avec l’image de Pablo Escobar. Considéré comme un monstre par la plupart, il est vénéré tel un saint par d’autres. En tout état de cause, la figure d’Escobar continue de fasciner les foules et d’inspirer de nombreuses œuvres cinématographiques (Infiltrator) et télévisuelles (Narcos).

A propos de Fernando Botero...

Fernando Botero est né en 1932 à Medellín.
Il est l’un des rares peintres à connaître la gloire de son vivant. Et quelle gloire !

Son style – ne pouvant être associé à aucun courant passé ou présent – est reconnaissable au premier coup d’œil grâce aux formes plus que voluptueuses de ses personnages.

Pour l’artiste, ils ne sont pas gros, ils sont volumineux, ce qui leur donne de la sensualité. Son œuvre est par ailleurs essentiellement inspirée de l’art précolombien et populaire.
Il vit et travaille aujourd’hui à Paris, et il continue régulièrement d’abreuver sa ville natale de ses chefs d’œuvres.

En effet, de monumentales statues ornent les places de Medellín et  le grand musé d’Antioquia, lui a dédié un étage entier.

Repères


  • 1932 : Naissance de Fernando Botero à Medellín
  • 1949 : Naissance de Pablo Escobar à Rionegro dans la banlieue de Medellín
  • 1990 : Medellín est la ville la plus dangereuse du monde et les morts violentes représentent plus de 50% des décès
  • 1993 : Mort de Pablo Escobar
  • 1999 : Botero peint « La mort de Pablo Escobar »

Pour en savoir plus sur Fernando Botero :


Pour en savoir plus sur Pablo Escobar :